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Campagne Polio au Niger (janvier 2026) : analyse d’une mobilisation réussie face à des défis persistants

Dans le cadre des efforts continus pour éradiquer la poliomyélite, le Niger a mené une campagne de vaccination cruciale du 11 au 14 janvier 2026. Cet article analyse les résultats d’une opération ciblée conduite dans sept régions clés, tout en la replaçant dans le contexte plus large de la lutte nationale et régionale contre la maladie.

Alors que le pays, avec le soutien de partenaires internationaux tels que l’OMS et l’UNICEF, a déployé une vaste campagne nationale visant à vacciner plus de 7,8 millions d’enfants âgés de 0 à 59 mois, les données spécifiques d’une intervention menée dans 47 districts sanitaires révèlent un succès opérationnel notable. Cette opération a permis d’atteindre un taux de couverture global de 98,86 %, illustrant l’efficacité des stratégies mises en œuvre sur le terrain.

Bilan chiffré : une couverture vaccinale exceptionnelle

L’opération ciblée s’est déroulée dans les régions de Zinder, Maradi, Dosso, Tillabéri, Niamey, Diffa et Tahoua. Sur un objectif de 52 396 enfants, les équipes de vaccination ont réussi à administrer le vaccin à 51 801 enfants. Ce résultat témoigne d’une planification rigoureuse et d’une forte mobilisation des acteurs de la santé, ainsi que des communautés locales.

L’analyse par région met en évidence des performances élevées et relativement homogènes, avec des taux de couverture proches de 100 % dans plusieurs zones. Les régions de Dosso et Maradi affichent un taux de 99,6 %, suivies de Zinder (99,2 %). Même dans un contexte urbain dense et mobile comme Niamey, le taux atteint 96,8 %, un résultat particulièrement remarquable.

Ces chiffres prennent encore plus de sens lorsqu’on considère les défis structurels auxquels certaines régions sont confrontées. Des zones telles que Diffa, Tillabéri et Tahoua sont affectées par l’insécurité, compliquant l’accès aux populations. Atteindre des taux de couverture supérieurs à 98 % dans ces conditions souligne la résilience des équipes et l’adaptabilité des stratégies déployées par les autorités sanitaires nigériennes.

Contexte et enjeux : la lutte contre le poliovirus dérivé d’une souche vaccinale

Bien que la région africaine ait été certifiée exempte de poliovirus sauvage en août 2020, la menace persiste sous la forme de poliovirus circulants dérivés d’une souche vaccinale (PVDVc). Le Niger fait face à une résurgence du PVDVc de type 2 depuis 2018, rendant les campagnes de vaccination répétées non seulement nécessaires, mais vitales.

L’éradication de la poliomyélite demeure une priorité nationale, avec le déploiement d’interventions de vaccination basées sur l’équité et l’accès universel. Ces campagnes visent à interrompre la circulation du virus en renforçant l’immunité collective. Chaque enfant non vacciné représente un maillon faible potentiel dans la chaîne de protection.

L’objectif est d’atteindre un niveau d’immunité suffisamment élevé pour empêcher toute transmission du virus. C’est pourquoi les journées nationales de vaccination, ciblant systématiquement les enfants de moins de cinq ans, constituent la pierre angulaire de la stratégie nationale.

Stratégies déployées : innovation, intégration et coordination

Le succès de la campagne repose sur une approche multidimensionnelle combinant des stratégies éprouvées et innovantes afin de surmonter les obstacles logistiques, sécuritaires et sociaux.

1. Approche intégrée et mobilisation communautaire

Les campagnes de vaccination contre la polio sont souvent intégrées à d’autres interventions essentielles. La campagne de janvier a notamment inclus la supplémentation en vitamine A, maximisant l’impact de chaque contact avec les services de santé. Parallèlement, un travail de fond est mené pour lutter contre la désinformation et les rumeurs, en impliquant des leaders communautaires et des jeunes, afin de renforcer la confiance des familles.

2. Coordination transfrontalière

Le poliovirus ne connaît pas de frontières, en particulier dans les régions du Sahel et du bassin du lac Tchad, caractérisées par une forte mobilité des populations. Le Niger participe activement à un plan de coordination transfrontalière (2024–2025) avec le Cameroun, le Tchad, la République centrafricaine et le Nigéria. Ce plan vise à synchroniser les campagnes de vaccination afin d’assurer la protection des enfants issus des communautés mobiles et frontalières.
L’objectif est ambitieux : interrompre toute transmission de poliovirus dans la région d’ici fin 2025.

3. Stratégies adaptées aux zones d’insécurité

Dans les régions touchées par des conflits, des stratégies spécifiques ont été développées pour garantir la continuité des services. Celles-ci incluent l’élaboration de micro-plans détaillés pour identifier et atteindre les populations difficiles d’accès, ainsi que, lorsque nécessaire, une collaboration avec les forces de sécurité pour sécuriser les équipes de vaccination.
La couverture élevée obtenue dans des régions comme Diffa et Tillabéri en janvier 2026 constitue une preuve concrète de l’efficacité de ces approches adaptées.

Une victoire d’étape sur le chemin de l’éradication

La campagne de vaccination de janvier 2026 au Niger illustre l’engagement constant du pays et de ses partenaires dans la lutte pour un monde sans polio. Les taux de couverture exceptionnels, obtenus y compris dans des contextes de grande complexité, témoignent de la robustesse des stratégies mises en place.

Cependant, ce succès ne doit pas conduire à un relâchement. La persistance du PVDVc exige une vigilance continue, un financement soutenu et une coordination renforcée aux niveaux national et régional. Les efforts doivent se poursuivre avec la même intensité, en s’appuyant sur l’innovation et l’engagement communautaire afin d’atteindre le dernier enfant et de fermer définitivement la porte à la poliomyélite.

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