Au Niger, 3,3 % des enfants n’ont pas reçu la première dose de Pentavalent (Penta1). Derrière ce chiffre national se cachent des écarts régionaux brutaux : 0,6 % à Niamey, 11,9 % à Agadez ; dont 58,3 % dans le seul district d’Aderbissinat. Depuis juillet 2025, l’initiative ZDIM (Zero Dose Implementation Monitoring), financée par Gavi dans le cadre du mécanisme TCA (Targeted Country Assistance), accompagne le Niger dans sa capacité à localiser ces enfants, à comprendre pourquoi ils restent hors du système, et à orienter les financements vers là où ils manquent.
Un dispositif construit sur des données intégrées
Le dispositif repose sur trois systèmes connectés. Le DHIS2 fournit les données administratives de vaccination : couverture Penta1 (premier accès), Penta3 (complétude), taux d’abandon, taux de réalisation des stratégies fixes et avancées. IASO suit l’exécution opérationnelle des activités financées par les subventions Gavi RSS et EAF ; dépenses réalisées, activités conduites, ressources mobilisées par district. Power BI agrège ces flux en un tableau de bord national mis à jour chaque mois, permettant aux équipes de la Direction de l’Immunisation (DI) de comparer les régions, d’identifier les districts à risque et de produire des rapports d’aide à la décision.
Cette architecture crée une chaîne de lisibilité : financement → activités → sessions vaccinales → enfants vaccinés → taux d’abandon → enfants zéro dose. Pour la première fois, les équipes nationales peuvent relier un écart de couverture à l’absence d’une stratégie avancée dans un district précis, ou un flux de dépenses à ses effets sur la vaccination.
Ce que le premier trimestre 2026 confirme
Les données du Q1 2026 montrent des progrès nets. La couverture nationale Penta1 atteint 103,2 % ; soit 308 263 enfants vaccinés, en hausse de 5,2 points par rapport au Q1 2025. La couverture Penta3 s’établit à 99,8 %. Le nombre d’enfants zéro dose estimés a chuté de 62 % en un an : 12 785 au Q1 2025, 4 906 au Q1 2026. Les équipes de santé ont réalisé 31 556 visites à domicile et 47 339 rattrapages, les deux chiffres les plus élevés enregistrés sur trois ans. La disponibilité vaccinale tient : 99,2 % des centres de santé intégrés (CSI) sont sans rupture Penta, 99,4 % sans rupture vaccin anti-rougeoleux, la chaîne du froid fonctionnelle dans 98,6 % des sites.
Ces résultats ne tombent pas du ciel. Ils reflètent un fonctionnement régulier des cadres de coordination : Task-force M&E mensuelle réunissant la DI, la Direction des Statistiques et les partenaires techniques, réunions DRSP, groupe WhatsApp inter-acteurs pour le suivi quasi-temps réel.
Les fractures qui résistent
Trois problèmes concentrent l’essentiel des risques pour la suite.
La stratégie avancée – les équipes vaccinales qui se déplacent vers les populations éloignées plutôt que d’attendre en poste fixe- s’effondre dans les zones insécures. Le taux national de réalisation tient à 84,7 %, mais Diffa descend à 45,8 % et Tillaberi à 78,6 %. L’insécurité ferme des accès, retarde les sorties, fragmente les micro-plans.
Dans ces mêmes régions, le taux d’abandon Penta1/Penta3 monte. Diffa affiche 7,8 % d’abandon contre 3,2 % en moyenne nationale : les enfants commencent la vaccination mais ne la finissent pas. Ce signal annonce une sous-immunisation future que la couverture Penta1 masque.
La qualité des données reste fragile dans plusieurs districts. Les dénominateurs de population ; base du calcul des enfants zéro dose ; varient selon les sources et les méthodes de projection. Torodi, dans la région de Tillabéri, cumule plusieurs caractéristiques des zones à haut risque : insécurité, faible couverture, dénominateurs peu fiables. La Task-force a identifié la nécessité d’un audit DHIS2 district par district pour harmoniser les projections.
Ce que le plan 2026 organise
Le plan opérationnel pour l’année 2026 structure sept axes de travail.
Stabilisation technique: La DI et l’équipe d’appui technique optimiseront les requêtes SuperSet et produiront une documentation technique complète du système. Ces travaux conditionnent la fiabilité des analyses ultérieures.
Mise à jour mensuelle du tableau de bord. Les analyses seront actualisées chaque mois sur la base des données DHIS2 et IASO. Un système d’alertes automatiques, prévu pour juin 2026, signalera les districts où le nombre d’enfants zéro dose augmente.
Revue structurée des données. Réunions hebdomadaires DI-partenaires, Task-force mensuelle, revues trimestrielles avec Gavi. Chaque niveau a un mandat : l’hebdomadaire suit les signaux faibles, le mensuel formule des recommandations opérationnelles, le trimestriel évalue l’exécution des subventions.
Groupes techniques régionaux. À Niamey et Zinder, des groupes techniques PEV ont été constitués sous le leadership des DRSP, réunissant équipes régionales, CRI, SPIS et partenaires. Leur rôle est de traduire les analyses nationales en actions au niveau district, d’identifier les zones à risque et d’assurer la rétro-information vers les formations sanitaires.
Supervision formative. Des missions dans les régions de Niamey et Zinder, combineront vérification de la cohérence des données (entre registres papier, DHIS2 et tableau de bord) et coaching analytique des équipes.
Renforcement des capacités. L’approche retenue privilégie le coaching sur données réelles plutôt que les formations classiques. Les sessions portent sur la lecture des indicateurs Penta, l’interprétation des tendances et la détection des incohérences. L’objectif est que les équipes de la DI et des DRSP lisent et utilisent elles-mêmes le tableau de bord, sans dépendre des partenaires techniques pour chaque analyse.
Capitalisation. La documentation des bonnes pratiques (notamment à Zinder et Niamey, qui affichent les meilleures performances) et une analyse globale du fonctionnement du système sont prévues entre septembre et décembre 2026, en vue de la transition vers Gavi 6.0.
L’enjeu : passer de l’outil à l’usage
Le risque des systèmes de suivi est connu : on construit le tableau de bord, on ne construit pas l’habitude de le lire. À Niamey et Zinder, les groupes techniques régionaux fonctionnent. Les équipes locales analysent les données, formulent des recommandations, suivent les actions. C’est le modèle que le plan 2026 cherche à étendre et à pérenniser.
La question n’est pas de savoir si le Niger sait où sont ses enfants zéro dose. Le ZDIM a répondu à une partie de cette question. L’enjeu est de savoir si les équipes à tous les niveaux ; national, régional, district ; ont le réflexe d’utiliser cette information avant que les problèmes s’accumulent, et si les partenaires techniques laisseront progressivement la place sans que le système ne vacille.
